DUSHA + ICONS

Une exposition photographique de Davide Monteleone

Dusha, l’âme, est un mot mystérieux qui exprime la quintessence de la conscience Russe. Echappant à toute définition stricte, il dit la particularité de l’âme russe, humble mais inventive, passive et courageuse.
Davide Monteleone a choisi la meilleure façon d’illustrer ce mot : il a plongé dans cette vaste contrée et a traqué les manifestions de la dusha. Collectant les témoins photographiques de l’âme slave, il a capturé des images de villes, d’étendues immenses, de gens vivant dans des endroits dont nul ne soupçonne l’existence. Son itinéraire s’est construit spontanément et sans but, puisque le bout de la Russie est difficile à atteindre tandis que certaines de ses frontières sont si incertaines qu’on les passe parfois sans même s’en apercevoir.

Quand Davide Monteleone a découvert la Russie en 2001, l’Union soviétique était déjà de l’histoire ancienne. Pourtant ses marques étaient tangibles et l’histoire semblait se dérouler encore à travers le territoire de l’ancienne URSS. Des traces du passé, palpables comme la grotesque architecture soviétique ou intangibles comme l’attitude des hommes et des femmes face au pouvoir étaient encore partout sensibles. Ils racontent à travers l’objectif de Davide Montelone comment quinze républiques soviétiques étendus de l’Europe de l’est jusqu’au Pacifique ont pu, de gré ou de force, être liées les unes aux autres.

Ces liens, l’inconscient collectif les a lentement dissous au cours de ces vingt-cinq dernières années, et le conflit renouvelé entre les nostalgiques de l’ère soviétique et les tenants de la nouvelle Russie est de plus en plus insoluble. Le nœud gordien doit être coupé et l’actuelle crise ukrainienne montre que ce peut être douloureux. Les membres de l’ancienne union soviétique peut bien se définir, à contrario, comme s’opposant à tout ce qu’était l’URSS. Mais quelle est la vision partagée que se cherche aujourd’hui la Russie ?

C’est alors que le regard du photographe se tourne vers les gens du peuple, dont la destinée est toujours décidée par un pouvoir lointain. Il y a un personnage qui hante la plupart du travers de Monteleone sur la Russie, un personnage échappé d’un roman du 19ème, Oblomov. Pathétique et nimbé de pensées nostalgiques comme d’un édredon, passant l’essentiel de son temps sur un canapé, se désintéressant du monde extérieur. Monteleone a choisi d’aller dans les parties les plus reculées du pays afin de rencontrer des habitants coupés des jeux géopolitiques par la distance géographique. Se désintéresseront-ils de leur propre futur comme Oblomov, ou bien prendront-ils la décision de résoudre activement les conflits qui déchirent leur pays ?

La réponse à cette question reste en suspens mais les personnages sont déjà là, qui nous fixent. Davide Monteleone fait de leurs portraits des icones qui se rattachent autant aux images saintes orthodoxes qu’à la grande tradition portraitiste photographique. Inspirée par L’Amérique de l’Ouest de Richard Avedon, la dernière série de Monteleone, La Russie de l’Est, questionne le futur de ce pays.

« Ces portraits sont comme des icones pour lesquelles nul ne dirait plus de prière, auxquelles on ne prêterait aucune attention. Je veux montrer la beauté de ces gens séparés du pouvoir et des manœuvres politiciennes par la distance géographique. Comme Oblomov, ils sont soumis face à la destinée mais courageux dans leur solitude. »
Davide Monteleone

Texte d'Anna Arutyunova