Families Welcome

Une exposition photographique de Guillaume Binet





Les idées fixes de l’enfance – attraper le soleil entre ses doigts ? Les temps morts – le blé sec
qui pique les mollets nus dans l’ennui d’un après-midi brûlant. Les angoisses – la nuit qui tombe
sous les grands arbres, les bruits inconnus qui résonnent dans le noir. Les sensations – un grand
cri, un éclair d’or, le corps exulte. L’infinie délicatesse d’un regard qui accompagne plus qu’il
ne capture l’intimité d’une famille en mouvement.





C’est sur sa propre famille que Guillaume Binet a travaillé, à l’instar de photographes comme
Sally Mann, Emmet Gowin ou encore Patricia Richards. Mais en creusant ce sujet intime,
l’un des plus proches qui soient, ce n’est ni vers le réalisme social, ni vers la narration d’une
fiction générationnelle, ni vers la mise en lumière de l’érotisme chez l’enfant, qu’il se dirige.
Il saisit dans toute sa fragilité le temps qui passe, la fugacité et l’intensité des relations entre
les membres d’une fratrie, la nostalgie de ces moments qui déjà ne sont plus. Dans ce huis clos,
la lumière vient frôler les visages pour les caresser ou pour les faire disparaître, elle brûle le papier,
restituant une image aussi incertaine, aussi tremblée que la mémoire même, et dont les échos
nous hantent, pourtant, aussi longtemps.





Guillaume Binet a travaillé en argentique noir et blanc. Il dépasse les limites de ce qui est
«acceptable» techniquement, n’ayant pas peur de tourner le dos à la définition de l’image
parfaite pour suggérer le bouillonnement même de la vie, brouillonne et fugace.
Ce sont des moments plus que des instants, quelques mesures reprises au fil du temps.

Photographe de reportage ayant couvert de nombreux conflits (Kenya, Côte d’Ivoire,
printemps arabe en Egypte, en Libye, en Syrie), Guillaume Binet confronte un regard façonné
par la violence et les exigences de l’actualité à la douceur des instants volés. Membre fondateur de l’agence Myop, photographe engagé, il a déjà été exposé à la Galerie de l’Instant et à la Petite poule noire en avril 2011 et a été récompensé par deux Pictures of the Year. Tout en continuant à se consacrer à des sujets d’actualités, il révèle ici une autre facette de son travail.