Gaijin

Une exposition photographique de David Favrod





Inquiétante étrangeté, ou la quête identitaire d’un artiste helvético-japonais.

Nous avons la chance de présenter l’œuvre de David Favrod, un jeune photographe helvético-japonais dont le travail porte la richesse de l’alliance de deux mondes. D’un tiraillement entre deux cultures, David Favrod tire la spécificité d’une quête identitaire poétique et subtile. Gaijin, qui regroupe plusieurs séries, signifie l’Étranger. C’est ce sentiment permanent d’étrangeté qui tenaille l’artiste, lui ouvrant la porte sur un univers à part. Il travaille sur l’extériorisation de ses états d’âme dans des mises en scène d’une infinie délicatesse, dont les multiples niveaux de lecture nous plongent dans une compréhension bien plus profonde que la seule émotion esthétique suscitée par la beauté de l’image.

Les couleurs délicates de l’œuvre de Favrod en appellent autant à la tradition picturale européenne qu’à une codification purement nippone. Beaucoup de masques, de portraits grimés (ainsi cet autoportrait à la baignoire où l’artiste se dépeint dans un intérieur européen comme en atteste l’antique tub à pied ou le papier peint désuet, le visage peint en rouge comme une divinité shintoïque, le cou encerclé de cordes, le regard perdu braqué dans celui du spectateur), des photographies des membres de sa famille retravaillées, des sumos européens, des geishas rêveuses dans des intérieurs ravagés, des paysages grouillants et fantasmatiques, de délicates constructions de papiers s’évadant par des carreaux cassés : c’est la mise en scène d’un terrain de lutte et de confrontation de traditions qui s’opposent, s’annulent, se renvoient l’une l’autre à l’infini dans le miroir de l’âme de l’artiste.





La matière première de David Favrod ce sont ses archives familiales, les récits de guerre de ses grands-parents japonais, le souvenir d’Hiroshima, les contes de fées. Élevé en Suisse mais dans la plus pure tradition japonaise, il se voit refuser par l’ambassade nippone la double nationalité qu’il demande à 18 ans. De ce rejet douloureux, il tire la substance inépuisable d’une quête qui le pousse à explorer sa bi culturalité. Ce faisant, David Favrod saisit et nous offre quelque chose de précieux : la beauté, la féerie, l’intranquillité propres à l’enfance. Car le voyage de Favrod n’est pas uniquement géographique, entre Suisse et Japon, il est aussi temporel, et l’artiste nous emmène à la rencontre de l’enfant que nous fûmes.

Dans une démarche artistique totale, mature et maîtrisée, David Favrod choisit pour chaque image une taille et un mode de présentation spécifiques : encadré ou monté sur aluminium, imprimé sur des papiers soigneusement choisis. Rien n’est laissé au hasard, chaque détail est pensé pour faire partie d’un seul grand récit initiatique. Ses séries qui se mêlent, se suivent, se complètent et s’enrichissent, participent d’un même récit fictionnalisé et sont l’outil affiché d’une quête identitaire, où les autoportraits impliquent un rapport intime et solitaire à soi-même. Les questionnements de l’artiste, si personnels qu’ils touchent à l’universel, créent dans l’ordinaire une fantaisie discrète et malicieuse, parfois tragique. Dans ce va-et-vient aérien entre photo plasticienne et image documentaire, c’est la naissance d’une individualité qu’il nous présente.





Ayant bénéficié d’expositions solos en Suisse (John Schmid Gallery à Bâle, Crochetan Gallery à Monthey), aux États-Unis (Aperture Foundation à New York), en Italie (Fondazione Pasticificio Cerere à Rome), en Grèce (Centre de photographie d’Athènes), ainsi que de nombreuses expositions collectives, David Favrod a été remarqué et distingué : lauréat du « Project Launch Award 2013 » de Center à Santa Fe aux États-Unis en 2013, il fait aussi partie de la sélection officielle de Hyères 2013, de Hey, Hot Shot en 2012, il était « photographe de demain » au Musée de l’Élysée à Lausanne, présenté à la Kantonale Schaffensbeiträge im Bereich visuelle Kunst und Design à la Galerie Zur Matze (Brig), ou encore en Italie pour l’International Talent Support, ITS8 (Trieste), il a remporté le Premier prix Work in progress aux Rencontres Internationales de la Photographie à Arles en 2009 et le Premier prix de l’International Viewbook PhotoStory 2009. Il est également lauréat du Aperture Portfolio Prize 2010 à New York.