Je suis d'ici

Une exposition photographique de Bertrand Meunier




En 2009, à l’occasion d’une résidence à Sète, Bertrand Meunier décide de poser ses valises et de travailler sur la France. Il commence le travail qui porte aujourd’hui le nom de « Je suis d’ici ». Un témoignage brut sur une France dont on ne parle pas.

Comment est née l’idée de cette série ?
Elle est née d’une phrase de Jean-Christophe Bailly (auteur du Dépaysement / Voyages en France éd. du Seuil) : « J’ai décidé d’aller y voir. » Cette phrase m’a marqué. Je revenais de plusieurs voyages en Chine, où j’avais travaillé sur une époque de transition, la fin de la grande industrie étatique. Je réfléchissais beaucoup à l’écriture documentaire, à l’impossible neutralité photographique, à l’idée de témoigner. A l’époque, j’avais accepté une résidence à Sète et l’envie m’est venue de continuer à travailler sur mon propre pays. J’ai réalisé que je connaissais mal la France.





Comment vous positionnez-vous par rapport à d’autres travaux sur la France?
Je ne veux pas être dans l’anecdotique. J’ai essayé d’avoir la plus grande neutralité possible. J’ai en tête bien sûr les travaux de la DATAR (Délégation interministérielle à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale), le travail des photographes américains de la « new topographics photography ». Je vois mes images autant que possible comme des documents. Il y a des questionnements qui m’obsèdent, comme l’aménagement du territoire, la défiguration de nos campagnes par les zones pavillonnaires, le travail, ou plutôt les travailleurs les plus vulnérables, ceux dont on ne parle jamais. Et j’ai beau viser la neutralité, il est évident que lorsqu’on photographie, c’est qu’on a un point de vue.





Vous vous attachez plus particulièrement à la France la plus démunie.
Pas uniquement, pas forcément. Mais c’est vrai, ce dont je veux parler, c’est de la violence que la société exerce sur les individus. Je veux questionner, porter une réflexion sur mon pays. La situation sociale en France est dure. Lorsque je m’intéresse au travail, c’est le monde ouvrier qui m’attire, désenchantée, le travail des femmes précaires, le travail à la chaîne, abrutissant. Lorsque je travaille sur l’habitat, c’est avec l’idée que c’est la grande préoccupation pour la majorité d’entre nous. Où on vit, c’est aussi comment on vit.

Comment avez-vous procédé pour choisir les lieux ?
Le hasard et l’incertitude m’ont beaucoup aidé dans l’idée qu’un lieu qui ne paraissait pas intéressant de prime abord était justement l’endroit où il fallait aller. J’ai essayé d’être d’une totale ouverture, de refuser autant que possible les idées reçues, même si j’en ai pas mal… Depuis presque trois ans, c’est ainsi que je fonctionne. Je vais m’installer dans une région, une ville, pour quelques semaines, totalement disponible, et je vois ce qui s’y passe.

Avez-vous fait le tour de la question ?
Non, je pourrais y travailler des années. Mais je me donne encore deux ou trois ans. J’ai envie d’explorer aussi le décalage entre ce qui fait rêver les gens et leur réalité : une société qui n’a plus que le PMU ou l’obsession des people pour rêver est une société qui va mal.